Les commissaires

Question à Marianne Pourtal-SourrieuConservatrice du Musée d’Arts Africains, Océaniens, Amérindiens de Marseille, co-auteur de Les dessins bamum et de Xihuitl : le bleu éternel.

Quelles sont les raisons qui ont amené le MAAOA à participer à cette exposition ? Quels liens existent-ils entre un musée consacré aux arts non occidentaux et le voyage d’un écrivain célèbre dans les Mers du Sud au début du vingtième siècle ?

« Dès sa création en 1992, le musée s’est toujours intéressé à cette notion de regard, celui que nous portons sur l’Autre, celui porté par les occidentaux lors de leur contact avec d’autres peuples d’Afrique, d’Océanie et des Amériques. Marin, explorateur, aventurier, Jack London a parcouru le monde dans ces contrées les plus lointaines. Son voyage dans les mers du sud, avec ses rencontres et ses épreuves, a nourri son inspiration d’écrivain et donna naissance à son chef d’œuvre Martin Eden.
À travers ses récits et les photographies qu’il réalisa en très grand nombre, Jack London a su décrire avec justesse et humanité les lieux et les hommes rencontrés dans ces Mers du Sud : il va y confronter sa vision idéalisée des îles du Pacifique, nourrie des souvenirs littéraires, à la réalité parfois bien différente en ce début du vingtième siècle, avec la colonisation, le profit, la maladie entraînant le déclin des peuples océaniens et de leur culture. Cet écrivain engagé nous dévoile ici un véritable regard d’ethnologue.
Cette exposition propose des témoignages de ces cultures, à travers des objets anciens rapportés au cours du dix neuvième siècle, évoquant le raffinement et le talent de ces peuples océaniens, elle évoque aussi leur devenir par le témoignage de Jack London.
Embarqués sur le Snark, avec Jack et ses compagnons, nous voyagerons au rythme des escales et des rencontres, parmi les sculptures, parures, masques, poteaux cérémoniels mais aussi objets de la vie quotidienne illustrant ces cultures et les peuples qui les ont produites.
Une aventure dans tous les sens du terme, parfois un rêve, parfois un cauchemar, mais une ouverture sur l’autre avec toujours ce souci de découverte et d’altérité qui animait cet écrivain. »

Question à Michel Viotte

Comment l’idée de cette exposition est-elle née ?

« Au fil de mes recherches pour la réalisation du film Jack London, une aventure américaine et du livre Les Vies de Jack London, s’est très vite imposé le besoin de prolonger mon travail dans le cadre d’une grande exposition détaillant le voyage de l’écrivain- aventurier dans le Pacifique entre 1907 et 1909.
J’ai compris que le voyage du Snark constituait une formidable opportunité pour permettre au grand public de découvrir la diversité des peuples du Pacifique, de l’archipel d’Hawaï aux îles de la Mélanésie, en passant par les îles de la Société.
À travers le regard de Jack London, une telle exposition permettra de mesurer de façon poignante la façon dont le contact avec l’Occident a, à l’époque, bouleversé ces sociétés traditionnelles, sur le plan culturel, mais aussi politique, économique, ou sanitaire.
Figure mondialement célèbre, Jack London arrive dans le Pacifique avec enthousiasme.
 Porté par le souvenir des récits de Stevenson ou de Melville qui l’ont profondément marqué, il est souvent victime des préjugés d’un monde occidental engagé alors dans une formidable course au progrès, et va progressivement s’ouvrir à la réalité des peuples rencontrés. Cette odyssée à travers le Pacifique va marquer sa vie. Elle lui inspirera de nombreux ouvrages, et motivera finalement un retour à Hawaï où sa femme Charmian et lui, dans les dernières années de sa vie, séjourneront de longs mois.
Retracer le parcours du Snark en empruntant les pas de Jack London, c’est offrir au public une expérience initiatique ; c’est, de manière très vivante, faire le lien entre des éléments complémentaires, d’une très grande richesse : journaux de bords, écrits de fictions, mais aussi œuvres d’art premier collectées par l’écrivain lui- même ou empruntées à des grandes collections muséales, documents photographiques et cinématographiques souvent inédits… Grâce à l’exposition Jack London dans les Mers du Sud, chacun pourra aiguiser son regard, tout en partageant une aventure, grâce au destin exceptionnel d’un homme inspiré. »

Un film, un livre, des expositions et un site consacrés à Jack London